CAMPE est un collectif porté par trois artistes, Anne-Sarah Faget, Anna Ten (les deux fondatrices) et Morgan Pihet. Ce groupe créé en 2015, interroge des fonctionnements, des systèmes mis en place par des singularités pour cohabiter. Cette réflexion imprègne à la fois les créations, la conception des événements organisés et le fonctionnement du collectif. Depuis sa création, le groupe invente un système de collaboration horizontale, avec progressivement la disparition du rôle de metteur en scène. L'expérimentation se fait à plusieurs, de la dramaturgie aux propositions scéniques.

La première création du collectif, "Nasa Mala Tajna", interroge les frontières physiques et imaginaires d'un espace. Comment se construisent, à différents niveaux, les cohabitations ? Inspirée par un voyage réalisé entre Paris et Belgrade, Anne-Sarah Faget écrit une pièce qui entremêle des récits personnels et fictionnels. Pour la mise en scène de ce texte, le collectif travaille au chêne à Villejuif, sur le concept de voyage immobile. Une ancienne usine, une matière blanche qui traverse la salle, des espaces visuels envahis par la présence et la voix des comédiennes.

Pour la seconde création, "Et j'ai pensé à la révolte", les artistes s'intéressent aux mécanismes de domination masculine. À partir des entretiens, mené par Anna Ten autour des récits qui émanent du sexisme, le groupe élabore le texte du projet. Entre hésitations et digressions, ces femmes témoignent de l'incompréhension d'une situation, face à une société qui prône l'égalité. Cette pièce a été présentée en janvier 2017 au 100 ECS à Paris. Un plateau vide, une cabine transparente, des objets détournés, le corps et la voix des comédiens dessinent des espaces qui finissent par s'entremêler.

Avec ce sujet, le collectif a organisé un événement, en septembre 2016 à la MC11 à Montreuil, nommé Détour. Le temps d'un week-end, les spectateurs étaient invités à imaginer autrement les rapports entre les femmes et les hommes. C'était l'occasion, pour le collectif, d'inviter des artistes qui proposent une autre vision de cette problématique.

Tous ces projets se dessinent, au fur et à mesure, en fonction de nos rencontres et de nos sensibilités. Ensemble, nous inventons un langage, des façons de travailler, de se rencontrer. Pour préserver des temps d'expérimentation et de partage, nous organisons régulièrement des laboratoires ouverts à toutes et tous.